Paroisse Saint Loup


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Deuxième dimanche de Carême – Année B

samedi 24/02 église de Saint-Paul-de-Varces et dimanche 25/02 église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Jésus (…) les emmène, eux seuls, à l’écart, sur une haute montagne… »

En ce temps hivernal plutôt rude, essayons de faire un effort d’imagination et projetons-nous quelques instants dans la chaleur d’un été à la campagne, dans cette saison où la plupart des repas se prennent à l’extérieur. En cette circonstance précise, il est courant qu’une guêpe vienne à rôder autour de la famille assemblée et la consigne parentale est alors donnée de ne pas s’enfuir, de ne pas avoir peur. Il suffit alors de faire une faveur à cette charmante bestiole en la suivant au moins des yeux. Car, si une guêpe virevolte autour des convives, c’est sans doute qu’elle n’est pas bien loin de chez elle : elle habite peut-être sous l’avant-toit de la maison ou dans l’encadrement d’une porte. En la suivant jusqu’à son port d’attache, au lieu de gesticuler dans tous les sens pour tenter de la chasser, il est probable que, par la même occasion, une source d’ennuis futurs soit ainsi évitée.
En ce début de Carême, c’est un peu la même chose : il y a certains aspects de notre être auxquels nous avons bien envie d’échapper. Mais en lieu et place, nous devons remonter à la source de nos péchés, de nos imperfections et de nos mauvaises habitudes. Et nous devons les remettre à Dieu pour qu’il nous en libère, une bonne fois pour toutes.
Dans la page d’Évangile que nous venons d’entendre, ce n’est pas un essaim d’abeilles ou un groupe de guêpes qui vole entre ciel et terre mais une nuée, un nuage. Et ce dernier, enveloppant immédiatement les protagonistes de cette scène, rappelle cet autre nuage qui accompagnait la présence de Dieu dans l’Ancien Testament : La nuée couvrit la tente de réunion, et la gloire de Yahweh remplit la demeure. C’était le signe qui garantissait l’authenticité des interventions divines : Yahweh dit à Moïse : "Voici que je vais venir vers toi dans une nuée épaisse, afin que le peuple entende quand je parlerai avec toi, et qu’en toi aussi il ait foi à jamais." Cette nuée enveloppe maintenant Jésus-Christ sur le Thabor, et d’elle surgit la puissante voix de Dieu le Père : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.’
Ainsi Dieu le Père parle-t-il par Jésus-Christ aux hommes de tous les temps. Sa voix ne cesse jamais de se faire entendre à chaque époque, particulièrement par l’enseignement de l’Église, qui cherche continuellement les chemins pour approcher le genre humain de ce mystère de son Maître et Seigneur : les peuples, les nations, les générations qui se suivent, chaque être humain individuel.
Levant les yeux, ils ne virent plus personne que Jésus, seul. Élie et Moïse ont disparu. Seul demeure le Seigneur Jésus tel qu’il a toujours été ; Jésus qui parfois a faim, qui se fatigue, qui s’efforce d’être compris… Jésus, dépouillé volontairement de toute manifestation glorieuse. Or, ce qui est normal pour les apôtres, c’est justement de voir le Seigneur ainsi. Ce qui fut absolument exceptionnel, ce fut de le voir transfiguré.
Et nous, que cherchons-nous ? L’émotion, l’extraordinaire ou au contraire le visage de Jésus dans la vie ordinaire, au milieu du travail ? Jésus que nous rencontrons dans la rue, en ceux qui nous entourent, dans la prière, quand il pardonne dans le sacrement de la Pénitence, et, surtout, dans la sainte Eucharistie où il se trouve vraiment, réellement et substantiellement présent. Habituellement il ne se montre pas à la faveur de manifestations particulières, et nous devons apprendre à découvrir le Seigneur dans ce qui est ordinaire, courant, dans notre véritable cadre de vie, sans consentir à la tentation de désirer l’extraordinaire. Il n’y a pas d’autre chemin : ou nous savons trouver le Seigneur dans notre vie ordinaire, ou nous ne le trouverons jamais.
L’Évangile de ce dimanche nous raconte donc l’extraordinaire événement du mont Thabor. Peu auparavant, au cours d’un bref séjour de repos dans le nord de la Palestine, Jésus avait déclaré à ses disciples qu’il allait souffrir à Jérusalem, et mourir aux mains des princes des prêtres, des anciens et des scribes. Les apôtres étaient restés saisis, atterrés par cette annonce. Maintenant, Jésus emmène à l’écart Pierre, Jacques et Jean, pour prier seuls avec lui. Ce sont les trois disciples qui seront témoins de son agonie au jardin des Oliviers ; et qui plus tard, porteront le plus lourd de la charge pastorale des premières communautés. Or, pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante. Pierre, Jacques et Jean le voient s’entretenir avec Élie et Moïse, qui apparaissent glorieux et lui parlent de sa mort imminente à Jérusalem. Cela faisait déjà six jours que les apôtres étaient plongés dans l’accablement de la fatale prédiction de Césarée de Philippe, mais la tendresse inépuisable de Jésus leur vaut de contempler maintenant sa glorification. Saint Léon le Grand l’a compris : « le but principal de la Transfiguration était de chasser de l’âme des disciples le scandale de la Croix. » Les apôtres n’oublieront jamais cette ‘goutte de miel’ que Jésus leur offre au milieu de leur amertume. Bien des années après, saint Pierre se rappelle parfaitement ces heures incroyables, quand cette voix… est parvenue (à Jésus) du sein de la gloire majestueuse : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances. Et cette voix, nous l’avons-nous-mêmes entendue qui venait du ciel, alors que nous étions avec lui sur la sainte montagne. L’apôtre s’en souviendra jusqu’à la fin de ses jours, et grâce à lui, des millions de chrétiens jusqu’à nos jours.
Jésus agit toujours ainsi avec les siens. Au milieu des souffrances il donne, à qui la lui demande, la grâce nécessaire pour aller de l’avant.
La liturgie, qui nous fait entendre deux fois par an ce récit (le 6 août et le deuxième dimanche de Carême), veut souligner l’importance de l’événement pour Jésus, pour ses apôtres, mais aussi pour chacun de nous. Comme Pierre, Jacques et Jean, laissons donc le Seigneur nous emmener avec lui, seuls, à l’écart. Ouvrons grand les yeux de notre cœur pour contempler paisiblement le Seigneur resplendissant de lumière. Demandons à l’Esprit-Saint de nous couvrir de son ombre, ainsi qu’il couvrit ce jour-là les trois disciples, ainsi qu’il couvrit Marie à l’Annonciation. Et dans le silence et le recueillement, ouvrons grand nos oreilles spirituelles pour laisser résonner en nous la parole du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Genèse XXII, 1-2. 9-13. 15-18 ;
Psaume CXV (CXVI) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains VIII, 31b-34 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc IX, 2-10