Paroisse Saint Loup


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5ème dimanche de Carême, année B,

Samedi samedi 17 mars, église du Genevrey

Voir Jésus

Le texte que nous venons d’entendre est un peu déroutant... Des grecs abordent Philippe et demandent à voir Jésus. Philippe se concerte avec André avant d’aller le dire à Jésus. Et Jésus se lance dans une longue déclaration, semblant ignorer la demande qui lui a été faite...
Mais quelle demande, au juste ? Que signifie « voir Jésus » ? Est-ce simple curiosité, ou le désir d’une vraie rencontre ?
Un proverbe chinois dit : « quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt », signifiant que l’on peut être plus attentif à la forme du discours, voire à la personne qui le prononce, qu’au sens profond de ce qui est dit... Et les maîtres spirituels sont souvent attentifs à ce que l’on ne s’attache pas à leur personne plutôt qu’à leur enseignement.
Jésus se sait proche de sa passion. Le temps presse. Il veut aller à l’essentiel. Il va faire ce pour quoi il est venu sur terre : nous aimer, et nous aimer jusqu’à l’extrême, jusqu’au don de sa vie. Jésus va vivre notre condition humaine jusqu’en son aspect le plus sombre, jusqu’à partager la condition des condamnés à mort. Il devient ainsi le compagnon de route des plus humbles, des souffrants, des réprouvés. C’est parce que les souffrances et la mort du Christ sont offertes par amour qu’elles nous sauvent du péché, et non par elles mêmes ! C’est parce que Jésus nous indique ainsi jusqu’où peut aller l’amour, poussé à ses limites.
C’est cela que Jésus nous invite à regarder, plus que lui-même.
Jésus n’ignore pas la demande des grecs. Il la recadre, en appelant à porter notre regard plus loin que sa personne. A travers ces grecs, des païens proches du judaïsme, c’est nous qu’il invite à être ses serviteurs, et à le suivre jusqu’au don le plus extrême, s’il le faut.
Dans le film « des hommes et des Dieux », les moines de Thibirine voient approcher le danger d’être enlevés, et peut-être tués. Un moine dit au prieur : « je ne sais pas si je suis prêt à donner ma vie », et le prieur répond : « mais tu l’as déjà donnée ». Ces moines avaient en effet déjà donné leur vie, d’abord à Dieu, par leur profession monastique, puis au peuple algérien qu’ils étaient venus servir. Et dans cette période de violence, les environs du monastère avaient été relativement épargnés. Comme nous le savons, ces moines ont bien donné leur vie, jusqu’au bout.
Beaucoup d’entre nous ont aussi déjà donné leur vie, d’une certaine manière. Dans le sacrement du mariage, une des formules d’échange des consentements dit : « Je te reçois comme épouse – ou époux – et je me donne à toi »... Nos prêtres aussi ont déjà donné leur vie, d’une autre manière... Autant de dons de soi que nous sommes appelés à vivre jusqu’au bout. Nous ne savons pas jusqu’où cela nous amènera, ni si nous en aurons la force. Dieu seul peut nous donner cette force, au moment où nous en aurons besoin.
Alors, voir Jésus ? Pourquoi pas, mais pas seulement... Pour nous qui n’aurons probablement pas la chance de le rencontrer en chair et en os sur nos chemins, le voir n’est déjà pas si facile ! Et le voir et le reconnaître, c’est déjà le premier pas vers une vraie rencontre.
Pour ceux qui pratiquent l’adoration eucharistique, la vue de l’hostie consacrée est le moyen d’une telle rencontre avec Jésus, qui peut aboutir à un vrai dialogue, coeur à coeur.
Mais Jésus, nous pouvons, nous devons même le voir en chaque prochain. Alors, être serviteurs du christ, c’est aussi se mettre au service de son prochain.
En cette période de carême nous sommes invités au partage. Dans notre paroisse, avec le CCFD, nous voulons soutenir deux partenaires du Pérou, l’association MANTHOC qui lutte pour le respect des enfants obligés de travailler, et l’association COOPERACCION pour le respect des communautés villageoises qui souffrent des grandes sociétés minières. Quelques uns d’entre nous ont eu la chance d’être présents à la soirée du mardi 6 mars, et d’écouter le témoignage décapant de Claudia SANCHEZ du Pérou... Mais le carême n’est pas encore fini ! Il nous reste une semaine pour partager le fruit de nos efforts...

Gilles Berger Sabbatel

Références des textes liturgiques :
Jérémie 31, 31-34 ;
Psaume 50(51) ;
Lettre aux Hébreux 5, 7-9 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12,20-33