Paroisse Saint Loup


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Treizième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Homélies de S 30 juin et D 01 juillet 2018

La confiance de Dieu

Le début du livre de la Sagesse fait penser au livre de la Genèse. L’un et l’autre commencent par une longue réflexion sur la destinée humaine : onze chapitres dans la Genèse, cinq dans la Sagesse. Écrits à des époques différentes, dans des styles également très différents, ils s’attaquent néanmoins tous les deux aux mêmes problèmes, ceux de la vie et de la mort, ceux de la relation des hommes avec Dieu. C’est exactement le thème central de cette liturgie dominicale.
D’un côté comme de l’autre, les auteurs sont des juifs nourris de toute l’expérience religieuse et de la méditation du peuple de l’Alliance. Mais l’un comme l’autre sont au contact du monde païen, et soucieux de préserver l’intégrité de la foi juive. Une foi dont la première caractéristique est peut-être bien l’optimisme. L’affirmation du livre de la Sagesse : « Ce qui naît dans le monde est bienfaisant » est une variante du constat de la Genèse : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon » (Genèse I, 31). Et ce que nous avons entendu ici : « Dieu a fait de l’homme une image de ce qu’il est en lui-même », est une copie de la phrase célèbre de la Genèse : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa. »
Phrase célèbre ? Sûrement, mais en tirons-nous toutes les conséquences ? Si Dieu nous a réellement faits à son image, alors nous sommes des vivants, faits pour vivre éternellement. D’ailleurs il suffisait de lire la phrase en entier : « Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. »
Mais alors, Dieu aurait-il échoué ? Sûrement pas. Seulement, il a pris le risque de nous créer libres. Libres de nous ranger dans le parti de la mort, comme dit le texte : pas la mort biologique, bien sûr, simple transformation de la chrysalide en papillon, mais la mort dont parle la Bible, la mort spirituelle, séparation d’avec Dieu : « Ceux qui se rangent dans son parti en font l’expérience. »

Les cinq premiers chapitres de la Sagesse opposent précisément les justes et les impies : les justes, ce sont ceux qui vivent dès ici-bas et pour toujours de la vie de Dieu ; et les impies, ceux qui se sont rangés du côté de la mort, c’est-à-dire ceux qui, dès ici-bas, malgré les apparences, ne sont déjà plus des vrais vivants, car ils sont loin de Dieu. Pour le dire autrement, les justes sont ceux qui vivent de l’Esprit de Dieu ; les impies sont ceux qui ne se laissent plus mener par lui.
Le psaume 1 met cette opposition en musique : « Heureux l’homme qui ne prend pas le parti des méchants, ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs et ne s’assied pas au banc des moqueurs, mais qui se plaît à la loi du Seigneur et récite sa loi jour et nuit… Il est comme un arbre planté près des ruisseaux : il donne du fruit en sa saison et son feuillage ne se flétrit pas ; il réussit tout ce qu’il fait… Tel n’est pas le sort des méchants : ils sont comme la balle que disperse le vent. Lors du jugement, les méchants ne se lèveront pas, ni les pécheurs au rassemblement des justes. Car le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perd. »

Notre auteur du livre de la Sagesse connaissait bien ce psaume. D’autre part, il tenait certainement beaucoup à rappeler ces vérités réconfortantes à ses contemporains. Car ses lecteurs étaient en posture difficile et, pour l’heure, tout semblait profiter aux impies (les païens). Sans qu’on puisse préciser la date exacte, on sait au moins que le livre de la Sagesse a été écrit à Alexandrie, vers 50 ou même 30 avant Jésus-Christ pour des juifs, bien sûr, affrontés à la culture grecque (c’est-à-dire païenne). Si l’auteur intitule ses écrits « Livre de la Sagesse de Salomon » (alors que Salomon est mort depuis 900 ans), c’est qu’il s’inscrit bien dans la lignée du judaïsme. Il s’agit pour lui de donner des arguments à ses frères dans la foi juive, face aux raisonnements des païens.

Le problème ici posé est celui de l’attitude à adopter devant la mort. Les Juifs, depuis toujours, savent aussi bien que les Grecs que la mort est inéluctable, mais dans la foi, ils en tirent de tout autres conséquences. Car il y a deux attitudes possibles. Celle des païens : « Goûtons l’heure présente, faisons tout ce qui nous plaît ; de toute manière, tout sera effacé d’ici peu ! » Notre auteur traduit ainsi leur pensée au début du chapitre 2 : « Ils se disent entre eux avec de faux raisonnements : ‘Elle est courte et triste notre vie ; il n’y a pas de remède quand l’homme touche à sa fin et personne, à notre connaissance, n’est revenu de l’Hadès (la mort)… Eh bien, allons ! Jouissons des biens présents et profitons de la création comme du temps de la jeunesse, avec ardeur’ » (Sagesse II, 1-6).
Celle des Juifs est toute autre. Pour eux, notre vie présente est déjà semence d’éternité : « Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. » Peut-être la vie sur terre ne récompense-t-elle pas toujours ceux qui ont bien agi, mais Dieu qui est l’infiniment juste finira bien par faire justice. Ce texte très tardif, le dernier de tout l’Ancien Testament, couronne la méditation juive de plusieurs siècles sur le problème de la rétribution : face à l’injustice apparente de l’existence où l’on voit des innocents mourir sans consolation, le croyant affirme que « la justice est immortelle. »
Oui, les païens se trompent : « Leur perversité les aveugle et ils ne connaissent pas les secrets desseins de Dieu, ils n’espèrent pas de récompense pour la piété, ils n’apprécient pas l’honneur réservé aux âmes pures » (II, 21-22, des versets qui devraient normalement faire partie de notre lecture). Il faut traduire : « Mes frères, tenez bon, Dieu saura vous récompenser. »
Reste la dernière phrase : « La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon, et ceux qui se rangent dans son parti en font l’expérience. » Il ne peut être question de la mort biologique, car tous, croyants ou païens, en feront l’expérience un jour ou l’autre. Il s’agit de la mort spirituelle, c’est-à-dire de la privation de Dieu. Pour l’auteur du livre de la Sagesse, la résurrection n’était promise qu’aux justes ; les païens, qui se sont rangés dans le parti de la mort, c’est-à-dire contre Dieu, ne connaîtront pas la résurrection. Il faudra attendre la venue du Christ, offert « pour la multitude » pour que nous découvrions la foi en la résurrection promise à tous, car « Dieu est plus grand que notre cœur ».

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Sagesse I, 13-15…II, 23-24 ; Psaume XXIX (XXX) ;
Seconde Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens VIII, 7.9.13-15 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc V, 21-43