Paroisse Saint Loup


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Vingtième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Samedi 18/08/2018 église Saint-André de Prélenfrey et dimanche 19/08/2018 église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi »

Tous les peuples ont amassé des réflexions, maximes et proverbes, toute une sagesse populaire qui est accessible à tous, indépendamment de la naissance ou de la culture. Partout aussi des écoles philosophiques proposent une réflexion plus élaborée. En Israël, depuis Salomon, sous l’influence égyptienne, les scribes de la cour de Jérusalem rassemblent toute cette richesse. Le Livre des Proverbes est le résultat d’une compilation de ces réflexions d’origines et d’époques diverses, depuis le temps des rois jusqu’au retour de l’exil à Babylone (fin du Vème siècle). D’autres sages continueront le travail et nous leur devons le Siracide vers 180 avant Jésus-Christ et le Livre de la Sagesse de Salomon, vers 50 avant Jésus-Christ.
Toutes ces sentences accumulées ont plus d’un trait commun avec celles des peuples voisins. Pour autant, la sagesse d’Israël a des accents particuliers, car ce peuple a découvert que Dieu seul connaît la vraie Sagesse et que toute sagesse humaine ne peut être reçue que de lui. Le récit de la faute d’Adam était une manière imagée de dire cette découverte fondamentale : la connaissance de ce qui rend vraiment heureux ou malheureux (l’arbre de la connaissance) n’est accessible qu’à Dieu, pas à l’homme tout seul (Genèse II, 8 – III, 24). En revanche, à l’homme qui acceptait de vivre sous la loi de Dieu, l’arbre de vie (la sagesse de Dieu) offrait ses fruits en permanence : le récit de la Genèse (chapitres II et III) allait jusque là. Le Livre des Proverbes retranscrit cette tradition : « Heureux qui a trouvé la sagesse… L’arbre de vie, c’est elle pour ceux qui la saisissent, et bienheureux ceux qui la tiennent » (Proverbes III, 13-18).
Mieux encore, en choisissant ce petit peuple et en faisant Alliance avec lui, Dieu a révélé sa Sagesse. Et c’est désormais pour Israël le plus grand sujet de fierté : il est à la face du monde le peuple dépositaire de la sagesse de Dieu, car « ainsi parle le Seigneur : « Que le sage ne se vante pas de sa sagesse ! Que l’homme fort ne se vante pas de sa force ! Que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Si quelqu’un veut se vanter, qu’il se vante de ceci : d’être assez malin pour me connaître moi, le Seigneur, qui mets en œuvre la bonté fidèle, le droit et la justice sur la terre » (Jérémie IX, 22-23).
Désormais la sagesse a « dressé sa tente » sur la montagne sainte à Jérusalem. C’est là qu’elle a « bâti sa maison et sculpté sept colonnes » (sept étant le chiffre de la plénitude). Cela ne nous étonne pas : la Sagesse est si précieuse qu’elle ressemble à un palais royal, ou mieux : à un temple appuyé sur sept colonnes, et les rois et les prêtres sont censés en être les premiers dépositaires. Mais elle veut s’offrir à tous : là-haut elle propose généreusement son festin. « Elle a tué ses bêtes, apprêté son vin, dressé sa table, et envoyé ses servantes » et elle crie son invitation depuis les hauteurs de la ville pour être sûre d’être bien entendue de tous : « à l’homme sans intelligence elle dit : ‘Venez manger mon pain, et boire le vin que j’ai apprêté !’ ».
Au passage, on est tenté de faire le rapprochement avec la parabole des invités aux noces développée par Jésus : « Il en va du Royaume des cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités » (Matthieu XXII, 2-3). Et nous connaissons la suite : « Mais eux ne voulaient pas venir. » Car on est toujours libre de refuser une invitation. Dans le texte des Proverbes, l’invitation est adressée à tous les passants : « A l’homme sans intelligence elle dit : ‘Venez manger mon pain, et boire le vin que j’ai apprêté !’ ». Refuser l’invitation, c’est refuser d’accéder à la sagesse, c’est demeurer dans notre inintelligence naturelle. Car « l’homme sans intelligence », c’est chacun de nous si nous comptons sur nos seules ressources. Nous n’accédons à la sagesse que par un don gratuit de Dieu ; encore faut-il accepter l’invitation et nous engager sur le chemin qui mène à sa maison : « Quittez votre folie et vous vivrez, suivez le chemin de l’intelligence. »
Nous retrouvons ici le thème des deux voies qui est une image des choix qui s’offrent à notre liberté. Le Livre du Deutéronome, particulièrement, y revient souvent : « Tu choisiras la vie » (Deutéronome XXX, 20)… « Je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements… alors tu vivras… Mais si ton cœur se détourne… alors je vous le déclare, vous disparaîtrez totalement » (Deutéronome XXX, 15…18). Le choix de l’obéissance aux commandements du Seigneur est le seul chemin du bonheur pour l’homme ; à l’inverse, le choix de la désobéissance est une pente vers la mort.
Le Livre des Proverbes reprend ce thème des deux voies de manière très imagée en typant ces deux attitudes sous des traits féminins, Dame Sagesse et Dame Folie. Cette dernière nous est présentée dans les versets qui suivent notre texte de ce dimanche : « Dame Folie est tapageuse, niaise et n’y entendant rien » (Proverbes IX, 13), alors que Dame Sagesse peut dire : « Celui qui me trouve a trouvé la vie et il a rencontré la faveur du Seigneur… Abandonnez la niaiserie et vous vivrez ! Puis, marchez dans la voie de l’intelligence » (Proverbes VIII, 35 ; IX, 6). Marcher vers le Seigneur est la vraie sagesse ; c’est folie d’aller en sens inverse et de tourner ainsi le dos à la lumière et à la vie. La sagesse de Dieu est ici personnifiée. Pour autant, personne ne s’y trompe : il s’agit d’une allégorie. Le monothéisme de l’Ancien Testament est strict, il n’y est pas question de concevoir la sagesse de Dieu – pas davantage que l’Esprit de Dieu – comme une personne à part entière.

Dans la page d’Évangile de ce dimanche, le Christ lui-même indique la seule voie possible, et pour évoquer le mystère de notre participation à sa propre vie, Jésus emploie le terme « demeurer ». Celui qui communie demeure dans le Fils et le Fils demeure en lui, et cette union relève du même mystère que l’union du Père et du Fils au sein de la Trinité. Dans le sacrement de l’eucharistie, la vie éternelle est déjà donnée avec la promesse de la résurrection au dernier jour, selon la parole : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » Saint Hilaire commente : « Si nous consommons le verbe fait chair dans l’aliment du Seigneur, comment penser qu’il ne demeure pas en nous. C’est ainsi que nous sommes un parce que le Père est dans le Christ et le Christ est en nous. Car c’est la présence du Père dans le Christ et du Christ en nous qui fait que nous soyons un en eux. »
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Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre des Proverbes IX, 1-6 ; Psaume XXXIII (XXXIV) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens V, 15-20 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean VI, 51-58.