Paroisse Saint Loup


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Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

samedi 20 octobre 2018 église de Saint-Paul-de-Varces

« Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. »

La demande des fils de Zébédée, Jacques et Jean, ne peut être à mon avis bien comprise que si l’on rappelle les quelques versets qui précèdent et qui constituent la troisième annonce de la Passion. Avant même que Jésus ait parlé, l’évangéliste nous précise trois choses : ils vont à Jérusalem, Jésus marche en tête, les disciples sont effrayés. Et cette dernière remarque est appuyée par une répétition : « ils avaient peur » (Marc X, 32a).
Quel que soit le degré de foi en Jésus de la part des disciples, et il n’y a pas ici que les douze, tous savent que le voyage à Jérusalem est celui de tous les dangers. Certes la popularité de Jésus est allée en croissant au cours du récit de saint Marc, mais l’hostilité aussi. D’où la peur ! Et c’est le moment que choisit Jésus pour faire une troisième annonce de la Passion bien plus précises que les deux précédentes (Marc VIII, 31 ; IX, 31).
Jésus ajoute en effet, et c’est à mon avis le plus important, qu’il va être livré aux païens, autrement dit que son « affaire » va sortir du cadre strictement juif, qui était le sien jusqu’à présent, pour entrer dans celui des Romains avec toutes les conséquences que cela pouvait avoir en matière de répression ; il y avait eu des exemples précédents que certains connaissaient ou même qu’ils avaient pu voir. Les Romains, comme beaucoup d’armées d’occupation, et Ponce Pilate en particulier, avaient la main lourde en de telles circonstances. Le terme de « crucifixion » n’est certes pas employé mais il est question de vexations en tous genres et surtout, faisant partie des rites préparatoires en cas de mise à mort par la croix, de flagellation.
Ainsi la peur des disciples n’a pu qu’augmenter. Non seulement ils allaient à Jérusalem, mais encore Jésus y annonçait une fin plus que tragique pour lui et très risquée pour son entourage. Et généralement la peur agit sur les hommes de deux manières : ou elle les paralyse complètement ou elle les pousse en avant dans des actes de courage ou de lâcheté, c’est-à-dire qu’ils sortent de leur comportement normal pour laisser apparaître des forces auxquelles on ne s’attendait pas.
Une toute dernière remarque avant d’aborder la demande des fils de Zébédée : la peur ouvre-t-elle les yeux et l’intelligence fait-elle comprendre à des gens ce qu’ils n’auraient pas compris autrement ? Personnellement je ne le pense pas. La peur est un sentiment négatif intellectuellement parlant. Spirituellement il ne peut devenir positif que s’il fait s’écrouler des illusions pour laisser place à la foi en Dieu et aussi la laisser agir. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus notamment pour tout ce qui concerne l’accompagnement spirituel des personnes en danger de mort et qui le savent.
Mais revenons à cette demande des fils de Zébédée. Ont-ils compris cette troisième annonce de la Passion et est-ce là la cause de leur demande ? Et il nous faudra bien sûr reposer la même question à propos des dix autres apôtres et de leur vertueuse indignation.
A la première question je pense qu’il faut répondre résolument par la négative. Ce n’est pas parce que Jésus a parlé de résurrection le troisième jour qu’il faut comprendre la demande de Jacques et de Jean comme faisant suite à cette réalité. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour ressusciter il faut d’abord mourir, et de plus Jésus a annoncé que ce serait dans des conditions infamantes ! Tout cet ensemble : abaissement, torture, mort, résurrection, n’a strictement rien à voir avec le « dans ta gloire » évoqué par les fils de Zébédée. Aussi le père Camille Focant a-t-il raison d’écrire : « Après toutes les instructions antérieures de Jésus sur la Passion et le service, après toutes les incompréhensions de Pierre et des douze, la demande de Jacques et de Jean pousse l’inconscience à un paroxysme. » Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, p.397
Jacques et Jean n’envisagent donc que la parousie au sens où la comprenaient en ce temps-là les juifs qui attendaient la venue du Messie, en une fois ou en deux comme le croyaient les disciples de Jésus, le retour au Père n’étant pas compris comme la mort-résurrection mais comme une glorification faisant passer de l’état humain à l’état divin sans l’intermédiaire de la souffrance et inaugurant le règne de Dieu dans la fin des temps, au sens où il est parlé du « Fils de l’Homme qui viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Marc VIII, 38).
Donc il ne s’agit pas d’occuper des places d’honneur dans le royaume terrestre, même celui d’Israël restauré par Jésus, mais bien du royaume des cieux de l’éternité divine dans laquelle Jacques et Jean demandent une gloire toute proche de celle de Jésus.
On voit donc bien que le qualificatif de « paroxysme » employé par notre commentateur de Marc pour désigner l’inconscience des deux frères n’est pas exagéré. Et nous pourrions nous demander en quoi cela peut-il bien nous concerner, nous chrétiens moyens qui connaissons la suite de l’histoire, si j’ose dire, et qui n’aurions pas la prétention de formuler à Jésus une pareille demande ! Et d’une certaine façon c’est un peu vrai si l’on songe à une formulation à la lettre, à l’identique. Je n’ai pas encore rencontré dans l’Eglise de laïcs ou de clercs me faisant part de semblables prières et demandant d’être parmi les premiers ministres de Jésus dans son royaume ou encore être demoiselles d’honneur de la Vierge Marie !
Et l’exemple des puissants de ce monde ne manque pas d’ironie et a de plus, aujourd’hui, une certaine saveur ! Ceux qui se croient l’incarnation du pouvoir ne sont, aujourd’hui comme hier, que des marionnettes. D’autres tirent les ficelles. Ceux qui au contraire se voient d’abord comme des serviteurs, laissant une place pour Dieu au-dessus d’eux, font que leur pouvoir est plus vrai et plus efficace. Il est réaliste et non utopique, il sait qu’il ne s’exerce qu’au péril de sa vie si l’on veut être au service des autres et non à son propre service. Jésus en a fait la démonstration magistrale. Il a eu de grands et bons élèves parmi les chefs religieux et politiques. Mais pour les politiques, sauf bouleversement providentiel, ce genre ne leur appartient plus car il y a longtemps qu’ils n’ont plus ni dieu ni maître !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques : Livre du Prophète Isaïe LIII, 10-11 Psaume XXXII (XXXIII) Épitre aux Hébreux IV, 14-16 Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc X, 35-45