Paroisse Saint Loup


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Solennité de Tous les Saints – Année B

Jeudi 01 novembre 2018 église Saint-Pierre de Varces

Martyrs et saints, ferments d’unité

La Toussaint, à l’origine commémoration de tous les martyrs, puis étendue aux autres saints, est une fête partagée par les catholiques, les orthodoxes et les catholiques orientaux – qui la célèbrent le dimanche après la Pentecôte -, mais aussi par les anglicans et de plus en plus d’Eglises de la Réforme. Martyrs et saints sont ainsi reconnus comme ferments d’unité.
« L’œcuménisme des saints, des martyrs, est sans doute le plus convaincant », écrivait saint Jean-Paul II dans la lettre apostolique sur la préparation du Jubilé de l’an 2000, Tertio millenio adveniente. On oublie souvent que dans le martyre – et cela est particulièrement vrai au XXème siècle -, les saint « sont un », comme le Christ l’a demandé à son Père et nous l’a commandé.
L’expression « l’œcuménisme des saints, des martyrs » peut être comprise de deux façons. Pour s’en tenir à l’œcuménisme des martyrs (mais ceci vaut également des saints non martyrs), il s’agit d’une part de l’unité vécue par des chrétiens de différentes confessions dans la persécution et la mort pour le Christ ; il s’agit d’autre part, dans la recherche de l’unité, du rôle que peuvent jouer la mémoire et la reconnaissance mutuelle de la sainteté des martyrs connus ou inconnus de toutes les confessions chrétiennes.
Pour le premier sens, on peut, on doit parler de cet œcuménisme des martyrs comme de l’une des grandes grâces de la réalité du martyre au XXème siècle et au début du XXIème siècle. Saint Jean-Paul II l’a exprimée de façon très forte lors de son discours au Colisée du Vendredi Saint 1994, à la fin du Chemin de Croix médité par le patriarche œcuménique Bartholomée Ier : « Nous sommes unis dans ces martyrs entre Rome, la « Colline des croix » et les îles Solovki et tant d’autres camps d’extermination. Nous sommes unis sur la toile de fond des martyrs, nous ne pouvons pas ne pas être unis. »
Cet œcuménisme est bien sûr celui de la souffrance mais aussi de la prière, de l’entraide, du témoignage commun donné. Les exemples sont nombreux, en particulier dans les prisons et camps nazis et dans le Goulag.
Les jeunes suppliciés de Munich du groupe « La Rose Blanche », tous animés par la même foi chrétienne, étaient catholiques, protestants et orthodoxe. A Lübeck, dans le nord de l’Allemagne, un pasteur et un prêtre montèrent ensemble vers la guillotine en chantant leur amour du Christ après avoir prêché contre la barbarie hitlérienne dans leurs églises. Le Père Angeli, survivant de la baraque 26 du camp de Dachau, raconte : « Prêtres catholiques de tous les pays, pasteurs protestants et popes orthodoxes, nous avons appris à découvrir ce que sont vraiment la vie et la foi. »
Il en fut de même au Goulag, comme en témoigne ce récit des îles Solovki : « Unissant leurs efforts, un évêque catholique encore jeune et un vieillard émacié et décharné à la barbe blanche, un évêque orthodoxe antique par les jours mais vaillant par le courage, qui poussait énergiquement le chariot… S’il y en a parmi nous qui ont un jour la chance de retourner dans le monde, ils devront rendre témoignage de ce que nous voyons ici. Et ce que nous voyons, c’est la renaissance de la foi pure et authentique des premiers chrétiens, l’union des Églises en la personne des évêques catholiques et orthodoxes qui participent unanimes à cette entreprise, l’union dans l’amour et dans l’humilité. »
Stephania Shabatura, catholique ukrainienne, raconte comment le camp de Mordovie, où elle passa huit ans, était un lieu de découverte, d’amour et de prière réciproques entre détenues orthodoxes, protestantes et catholiques. Elles parvinrent même à y célébrer ensemble secrètement Noël et Pâques.
Une des expressions les plus fortes de cet œcuménisme des martyrs et des confesseurs de la foi a été donnée lors de la commémoration œcuménique des témoins de la foi du Grand Jubilé, le 7 mai 2000 : plusieurs des témoignages étaient ceux de chrétiens ayant souffert persécution rapportant le martyre d’un chrétien d’une autre confession, et ce qu’ils leur devaient. Et aujourd’hui encore, des chrétiens de différentes confessions continuent à souffrir ensemble pour le Christ et à se soutenir mutuellement, en Chine, au Nigeria, en Irak, en Inde ou au Soudan.
Alors, en cette Solennité de la Toussaint, « environnés de cette grande nuée de témoins » (cf. Hébreux XII, 1), les martyrs et les saints du Ciel, et soutenus par eux, prions et agissons pour que cette unité soit faite sur la Terre comme elle l’est déjà au Ciel.

Très bonne Fête de la Toussaint à vous tous !!!

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Apocalypse de saint Jean VII, 2-4. 9-14 ; Psaume XXIII (XXIV) ;
Première Lettre de saint Jean III, 1-3 ; Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu V, 1-12a