Paroisse Saint Loup


Sommaire > Vie de la paroisse > Homélies > Premier dimanche de l’Avent – Année C

Premier dimanche de l’Avent – Année C

Dimanche 02 décembre 2018 église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Redressez-vous, relevez la tête ! »

La fête se prépare. Les magasins, les rues, les maisons s’illuminent. Mais qu’allons-nous fêter ? Au milieu des lumières et des décorations, pensons-nous encore à la naissance de Jésus ? C’est cette naissance que fêtent les chrétiens. Préparer Noël, c’est donc se préparer à accueillir Jésus, à accueillir le don de Dieu. Restons éveillés et prions, comme nous le demande l’Évangile.
Restons éveillés pour ne pas oublier que nous attendons Jésus en cette période de fête. Prions en demandant à Dieu de nous aider à nous préparer à sa venue, à ce bonheur qu’il nous promet : celui de vivre dans son amour. Pendant ces quatre semaines, tous les chrétiens dans le monde vont essayer comme nous de vivre ce temps de l’Avent en suivant les chemins du Seigneur : l’amour et la vérité.
Repensons un instant aux textes que nous venons d’entendre. Le premier d’entre eux était un extrait du Livre du prophète Jérémie : « Voici venir des jours où j’accomplirai ma promesse de bonheur ». Et dans le passage de l’évangile selon saint Luc, nous avons entendu ces mots : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles… Les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte de grands malheurs… »
Cela ne fait pas très sérieux d’entendre, comme Parole de Dieu, dans la même célébration, deux affirmations aussi éloignées l’une de l’autre. Alors que dire et que faire en face de cette apparente contradiction ?
Et bien, d’abord, être très réalistes. Nous sommes bien obligés d’admettre que le monde connaît de constants bouleversements au sein de la nature avec des tremblements de terre, d’effroyables tsunamis, ou tous les problèmes que pose le dérèglement climatique. C’est vrai aussi que la société est souvent déséquilibrée à cause d’une grave crise économique, de conflits ethniques, d’intérêts politiques ou financiers ou encore d’une certaine grippe… C’est tout cela que Jésus a voulu évoquer en employant des images qui, de son temps, évoquaient que nous vivons dans le provisoire ou, autrement dit, dans un monde en perpétuel changement… D’ailleurs, ces bouleversements, ces changements, nous les vivons aussi dans notre vie…
On était en bonne santé… et puis, un jour, on découvre qu’on est malade…
On gagnait convenablement sa vie grâce à son travail… et puis, un jour, on n’y arrive plus, même en travaillant davantage ou bien on n’a plus de travail…
On pensait avoir donné une bonne éducation à ses enfants… et puis, un jour, il y en a un qui tourne mal…

Oui, rien n’est acquis une fois pour toutes, pas même notre foi en Dieu qui, elle aussi, est parfois bousculée par tel ou tel événement ou notre attachement à l’Église que nous remettons parfois en question à cause de certaines décisions incompréhensibles. Rien n’est sûr… Et c’est pour cela que l’Église nous propose, aujourd’hui, ces paroles de Jésus que saint Luc rappelait aux premiers chrétiens qui, eux aussi, vivaient dans l’inquiétude du lendemain.
« Oui, quand tous ces événements arriveront, redressez-vous, relevez la tête ! Tenez-vous sur vos gardes. Restez éveillés, soyez en attente… » Bien sûr, il y a deux manières d’attendre : en piétinant sur place ou bien en ayant les manches retroussées. C’est vrai qu’il est long tout ce temps apparemment perdu aux caisses d’un supermarché, dans certaines administrations, chez le médecin ophtalmologue ou aux urgences à l’hôpital !!! Mais l’attente n’est pas du temps perdu quand elle s’active. Attendre un événement heureux en le préparant, c’est déjà du bonheur. Ainsi ce temps d’Avent sera du bon temps s’il nous permet une remise à neuf, un peu comme on remet en ordre une maison lorsqu’on attend une visite…
Les premiers chrétiens attendaient le retour du Seigneur de manière imminente, mais rien ne s’est passé. Et même si nous chantons « il reviendra », je pense que ce retour ne nous préoccupe pas beaucoup. Les modes alimentaires sont aux « allégés » en tous genres. L’Évangile nous demande de nous alléger, aussi, en nous mettant en garde contre l’alourdissement de notre cœur… C’est vrai que nous avons parfois le cœur lourd de ce qui pèse sur nous à cause de certains événements, mais aussi à cause de notre caractère, de nos difficultés à pardonner, de nos envies d’avoir toujours raison.
Ce temps de l’Avent nous invite à nous convertir en revenant sans cesse à l’essentiel,
même si cette démarche nous demande certains renoncements. Si l’Évangile nous invite à nous redresser et à relever la tête, c’est pour que tout ce qu’il y a de meilleur en nous, non seulement ne soit pas étouffé, mais puisse grandir et s’épanouir. Et il y a beaucoup de belles choses en nous. Mais y croyons-nous ?
Le Sacrement de Pénitence et de Réconciliation doit aussi être pratiqué ou redécouvert à l’occasion de cette période liturgique. C’est une telle chance qu’offre l’Église de se réconcilier avec le Seigneur et avec ses frères. Mais cela peut aussi être l’occasion d’une action de grâce pour tout ce qui nous rend heureux, pour tout ce qui a pu être fait de bon. A ce propos, voilà quelques années, le Cardinal Martini avait fait publier ces quelques lignes : « Quand on se confesse, il faudrait toujours commencer par remercier Dieu pour ce qui m’a donné de la joie comme, par exemple, avoir su se rapprocher de telle personne, avoir su vivre un moment difficile dans la sérénité, avoir pu mieux prier, et puis, seulement après, reconnaître ses fautes… » Sachons donc d’abord dire merci pour tout ce qu’il y a de beau, de vrai, de généreux et de courageux dans chacune de nos vies. C’est aussi cela se tenir éveillé !
Jésus invite donc les hommes à ne pas vivre en inconscients du dernier jour, happés par les affaires et les soucis de la vie, et peut-être anesthésiés par l’alcool ingurgité. D’où son appel à veiller, la conscience et le cœur alertés par l’inopiné du grand retour.
Pour conclure, je vais enfoncer une porte ouverte, une porte qui donne sur la vie : la mort est pour chacun, à une heure souvent surprenante. La fin du monde est du même acabit. Ce soir, demain, dans mille ou dix mille ans, elle sonnera le grand rassemblement des morts et des vivants. Alors dormons, oui, dormons, puisque la nature l’exige, mais d’un œil !...

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre du prophète Jérémie XXXIII, 14-16 ; Psaume XXIV (XXV) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens III, 12 – IV, 2 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XXI, 25-28. 34-36