Paroisse Saint Loup


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Quatrième dimanche du Temps de l’Avent – Année C

samedi 22 décembre 2018 église des saillants du Gua

La majesté du nom du Seigneur

Sa Majesté ! C’est ainsi que sainte Thérèse de Jésus (celle que nous appelons Thérèse d’Avila) parlait de Jésus, qu’elle n’avait pas peur d’appeler dans l’intimité son Epoux. Nous sommes loin de nos habitudes actuelles qui aplatissent tout au profit d’une vague camaraderie !
Mais « majesté » exprime quelque chose de fort, qu’il nous faut essayer de comprendre. Il y a dans la révélation du Dieu vivant et vrai une dignité très particulière qui n’est pas la hauteur écrasante de celui qui domine infiniment sa petite créature, qui n’est pas davantage la feinte bonhommie de celui qui veut se faire accepter et qui nous dit d’oublier sa grandeur pour que nous puissions nous sentir à l’aise avec lui. Il est Lui, absolument, dans l’inconcevable beauté de son Etre, il n’a pas à s’excuser de nous dépasser en tout, parce que la puissance qui est la sienne n’entre pas en concurrence avec nous, qu’il la met au contraire à notre service. Il n’a pas à montrer ses titres pour nous conquérir, il s’impose, comme s’impose la beauté d’un coucher de soleil, la grâce d’un visage d’enfant.
Ce caractère de majesté se reflète sur toute la révélation divine : tout ce qui porte la marque de Dieu se signale par une incomparable dignité qui résiste à l’analyse. Qu’est-ce qui fait la force des Béatitudes, qu’on peut disséquer à l’infini sans jamais trouver le ressort secret qui a fait se lever à son contact, au cours des siècles, tant d’âmes éprises d’un don total ? N’est-ce pas justement l’autorité si particulière de celui qui peut parler ainsi ?
La majesté de Dieu se retrouve jusque dans la petitesse des événements qui entourent la naissance du Sauveur. Luc excelle à nous la rendre sensible : annonce à Zacharie, annonce à Marie, Visitation, Nativité, autant de petits tableaux qui nous mettent en présence de l’inouï dans les limites infimes d’un court moment de grâce. Le récit de la Visitation que l’on nous donne cette année pour le quatrième dimanche de l’Avent est presque le cas extrême. Que se passe-t-il d’important pendant cette scène ? Rien qui mérite l’attention en apparence : deux femmes qui se rencontrent et se saluent, un chant qui monte vers le ciel, rien qui fasse progresser l’intrigue… Et pourtant ! Ce qui nous est montré, c’est Dieu qui est présent en Marie et qui remue déjà le ciel et la terre, car il a mis en mouvement sa mère, il a fait tressaillir un cœur humain encore en gestation, il a éveillé en Elisabeth une si belle émulation d’amour en réponse à la démarche de Marie, il a ouvert les écluses de la louange et de l’adoration… Le sol desséché a vu germer des fleurs du paradis. Quel art ! Quelle puissance ! Quelle majesté !
C’est avec la même majesté que le Sauveur vient jusqu’à nous dans l’Église. La liturgie, avec ses moyens propres, s’efforce de la rendre. Non par la pompe et le faste, mais par l’exactitude de l’obéissance au rituel, par le soin de chaque chose, par la place donnée à chacun, où le plus grand est celui qui s’abaisse le plus, afin de s’effacer devant Celui qui vient.
Frémissons nous aussi au contact de cette Majesté si particulière. Et disons avec Marie : Mon âme exalte le Seigneur !
Je ne souhaiterais pas terminer cette prédication sans prendre le temps d’essayer de mieux saisir ce qui se joue d’essentiel dans cette scène de la Visitation. C’est pourquoi je vais reprendre ici trois aspects de ce Mystère joyeux en tentant de mieux les éclairer.
« En ces jours-là, Marie se mit en route » Elle vient d’écouter l’ange Gabriel. Et, tout aussitôt, dès que l’ange s’est retiré et la laissait seule, cette écoute se transforme pour Marie en acte, en acte d’aide, de prise de soin de l’autre. Elle va chez sa vieille cousine et y restera de fait jusqu’à la naissance de l’enfant. Sa disponibilité est réelle, elle fait tout cela « rapidement ».
« Quand Élisabeth entendit la salutation » La rencontre avec sa cousine donne aussi à Marie de continuer à écouter, à se laisser former… Ce qu’Elizabeth vit, elle le vivra aussi, d’une manière analogue. Marie nous apprend ainsi que notre cheminement vers notre réponse personnelle passe par l’acceptation de prendre le chemin des autres. Je ne puis écouter Dieu si je n’écoute pas aussi mes frères. C’est ce que Jésus fera lui aussi en son temps, mettant ses pas dans ceux de Jean le Baptiste, à la suite des prophètes… Il est en effet saisissant de voir que l’impact de la rencontre entre Élisabeth et Marie donne à la première de parler, suivie par la seconde. La progression doit être notée, elle se déploie pour Élisabeth, elle se déploie pour Marie, elle se déploie pour tous, chemin du Verbe de Dieu en notre chair. L’Esprit donne d’exprimer fortement la parole, à voix forte, parce que cette assemblée toute petite s’est réunie dans la louange, les enfants au sein de leur mère, les mères dans leur situation, tous sont réunis, pentecôte primitive, confession de Dieu, ouverture à tous, reconnaissance du chemin parcouru…
« Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles » Voilà le secret partagé, un principe qui s’applique à chacun et à tous, croire à ce que j’ai entendu, le croire absolument, le croire même lorsque tout s’effondre, le croire parce que la vraie vie ne cesse de se donner, toujours neuve, renaissante parce que toujours neuve, toujours invitante. Marie peut lancer son chant, son premier chant, dire que le Seigneur est magnifique, elle laissera pousser en elle cette conviction jusqu’à ce que le fruit mûr descende rouge de la Croix pour renaître nouveau dans le corps ecclésial qu’elle accompagne de sa prière confiante… Nous aussi, nous avons à croire à la parole donnée, au-delà de ce qui arrive, croire à cette parole afin qu’elle porte - pour moi et pour tous les autres – les fruits de la vie véritable qui nous conduit au-delà du Fils apparu dans l’intimité du Dieu de Vie…
Que notre cœur se laisse toucher par ce Mystère de Noël qui approche, que notre cœur se laisse lui aussi se former par la tradition, ce que nous recevons d’autres, de plus anciens… Disons « oui » à notre nature humaine, acceptons-la pleinement, cheminons sur le chemin de tous, c’est de là que naîtra, pour nous et pour tous, la vraie nouveauté.

Père Thibault NICOLET