Paroisse Saint Loup


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Nativité du Seigneur, messe du jour – Année C

Mardi 25 décembre 2018 église Saint Jean-Baptiste, Vif

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous

Lorsque l’Apôtre saint Jean écrit, son style paraît à certains un peu abstrait : il ne relate pas les récits connus des guérisons ou des paraboles. Il est plus difficile de le rendre accessible au « commun » des mortels, non familiers de la mystique. Clément d’Alexandrie a dit de l’évangile de Jean qu’il était « pneumatique », c’est-à-dire purement spirituel. A le lire, nous vivons dans un climat de contemplation continuelle et nous nous sentons pacifiés et tout abandonnés à l’Esprit. Jean présente le Christ comme Celui qui nous révèle Dieu car il en parle d’expérience. Il nous le rend visible, tangible, saisissable. A travers son incontestable humanité, nous parvenons à voir transparaître l’Invisible.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était chez Dieu ». Depuis le commencement le Fils est dans le Père, il est uni à lui. Depuis le commencement il se tient dans une demeure qui est l’Esprit. Oui, l’Esprit est un lieu (« chez Dieu ») et, dans cette demeure, il y a une authentique circulation d’Amour.
Nous sommes invités à contempler Jésus à la manière de Jean, à demeurer avec lui dans les hauteurs, avant de constater avec tristesse que lui la Vie, lui la Lumière des hommes, lui qui illumine les ténèbres est venu dans ce monde qui lui appartient, qu’il a créé, sa propriété, chez un peuple qu’il s’est choisi, chez les siens et il a été mal reçu. Ceux qui devaient exulter à sa venue, ceux qu’il s’est réservés comme « son peuple et sa terre », l’ont mal accueilli. Ils sont pourtant les siens, ils sont son œuvre, il les a faits et c’est grâce à lui qu’ils constituent un peuple. Ils lui doivent tout : leur territoire, leurs lois, leur esprit, leur culture, jusqu’aux détails de leur quotidien. Il est intervenu dans les moindres incidents de leur histoire : tout était ordonné par lui et à lui… Et quand il est venu, il a été rejeté hors de son domaine.
J’imagine un bienfaiteur accueillant par amour un enfant abandonné. Il l’élève, en fait un homme parfait, éduqué et cultivé. Il le comble de richesses, de cadeaux somptueux et l’installe dans un palais. Le jour où il décide de lui rendre visite, pour prendre de ses nouvelles et pourvoir jusqu’au bout à ses besoins, il se voit congédié et fermer la porte au nez. Dans le monde d’aujourd’hui nous pouvons rencontrer de ces ingrats qui, après avoir bénéficié des largesses de personnes généreuses, non seulement ne les remercient pas, mais poussent l’ingratitude jusqu’à les accabler d’injures, les renier, en allant même jusqu’à les tuer.
Cet Amour que les siens ont refusé, nous le refusons quelquefois nous-mêmes. Son Amour frappe à notre porte et nous ne lui ouvrons pas. Nous sommes d’autant plus coupables que nous nous rendons compte que des « étrangers », des êtres qui vivaient loin de lui sans le connaître, vont l’accueillir et profiter de son Amour. Il fera d’eux des enfants de Dieu qui nous devanceront dans son Royaume.
Nous nous prosternons à tes pieds, Seigneur, ne nous laisse pas refuser ta grâce. Devenir enfant de Dieu comme toi, le Fils du Père ! Folie, rêve, utopie ? Et pourtant, qui t’a vu a vu le Père. Toi, tu es son Fils depuis toujours ; moi, je le deviens à partir du moment où je crois en toi, où je t’accueille en moi comme Verbe, comme semence de Vie, comme ma Lumière, et je serai fils de Dieu pour toujours. Nous serons éternels, toi et moi. Mais toi, parce que tu es Dieu ; moi, parce que tu as décidé de m’accorder la filiation divine.
Seigneur, je t’accueille, toi le Verbe fait chair, dans l’Eucharistie. Un phénomène d’osmose s’opère : ce n’est plus moi qui vis, c’est toi qui vis en moi. Ainsi je veux vivre et mourir… pour vivre avec toi toujours !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques : Livre d’Isaïe LII, 7-10 Psaume XCVII (XCVIII) Lettre aux Hébreux I, 1-6 Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean I, 1-18