Paroisse Saint Loup


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Cinquième dimanche de Carême – Année C

samedi 06 église Saint-Barthélémy, le Gua et dimanche 07 avril 2019 église Saint Jean-Baptiste, Vif

Les chacals et les autruches

« De bon matin », guettant à la fois Jésus et cette femme, à surprendre en flagrant délit d’adultère, les scribes et les pharisiens viennent perturber son enseignement, afin de le mettre à l’épreuve et de l’accuser. Mais Jésus enseigne et continue donc d’enseigner. Et quel plus bel enseignement que celui de la Vérité ! Et ce sont les plus âgés qui s’en vont en premier. Il n’y a rien d’étonnant à cela : nous-mêmes, au terme d’une sincère confession, combien de fois avons-nous dit : « Je prends la ferme résolution… » Et combien de temps cette résolution a-t-elle tenu ? C’est à croire que notre vie n’est qu’une succession de ratures, jalonnée d’échecs et de chutes. Peut-être après tout… Mais alors ne faisons surtout pas comme la foule, restons ! Et écoutons jusqu’au bout cet enseignement pour lequel nous étions venus : « Va et désormais ne pèche plus ! » Quand nous sommes seuls, devant Jésus, au confessionnal, même après tant de flagrants délits, c’est bien ce qu’Il nous dit : « Va ! Ne pèche plus. Debout ! En vérité, j’ai besoin de toi. »
Car Jésus ne condamne pas la femme adultère ; Il ne la renvoie pas non plus comme si de rien n’était au cruel esclavage de son péché. Il la libère en lui révélant qu’il n’y a pas de fatalité et qu’elle reste capable de faire le bien. Il croit en elle. Il est, et à sa suite l’Eglise à chaque fois qu’elle offre le Sacrement du Pardon, impitoyable avec le péché et infiniment tendre avec le pécheur.
Dans la lecture extraite du Livre d’Isaïe, nous entendons une allusion à des animaux inattendus… S’agit-il d’une fable de La Fontaine inédite ? Ou bien de deux fosses voisines dans un jardin zoologique ? Ou encore des figurines inculturées d’une crèche exotique ? Non, selon le Prophète, il s’agit ni plus ni moins des témoins privilégiés de la grâce, au cœur de ce désert si merveilleusement régénéré par Dieu !
Dans l’imaginaire collectif, ils n’ont pourtant pas une très belle image… Le chacal y symbolise la lâcheté, la vocifération, et, à cause de son régime de carcasses abandonnées, la mauvaise haleine. Et l’on se moque de l’autruche pour sa lourdeur et son inaptitude au vol, pour sa boulimie de toutes sortes d’objets inattendus et parce qu’elle se dérobe devant les difficultés en enfonçant la tête dans le sol.
Ces comportements animaliers sont parfaitement transposables dans le domaine de l’âme humaine ! Le chacal correspond bien à cette mentalité charognarde et mal embouchée qui, abolissant la frontière entre le spectacle et l’information, a porté au sommet de la puissance publique ces « chroniqueurs » - vedettes que s’arrachent radios et télévisions. L’autruche, c’est l’ « acédie », le plus mystérieux des sept péchés capitaux, celui que les catéchismes d’antan, faute d’un autre mot – et à mon avis de manière très regrettable – appelaient la « paresse », mais qui recouvre des réalités beaucoup plus graves qu’une grasse matinée… Votre immobilisme n’a rien d’une simple fatigue mais a tout du refus de servir des mauvais anges ? Vous êtes acédique. Cette indifférence générale que vous nourrissez consciencieusement de scepticisme et de misanthropie est devenu votre style de vie, presque un dandysme, et vous n’avez nulle intention de vous réformer ? Vous êtes acédique. Vous ne travaillez pas, vous ne luttez plus car vous n’espérez plus rien, ni des autres ni de Dieu ? C’est de l’acédie. Sans doute le fameux « péché contre l’Esprit », déclaré impardonnable par Jésus lui-même, ce qui est juste, car en lui tout refuse de l’être.
« Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups », demandait Benoît XVI au début de son pontificat. Loups, chacals, hyènes, peu importe la bête ; on voit bien ce dont il s’agit, ce dont il faut se protéger et ce qu’il convient de ne pas être. Ne soyons pas chacal : surveillons ce qui sort de notre bouche et ce qui nourrit notre âme, éloignons-nous des choses mortes pour aller vers la Vie ! Ne soyons pas autruche : arrêtons de gober tout ce qui se présente, ne nous laissons pas neutraliser par la peur, ne fermons pas les yeux sur le danger du mal ni sur la beauté du monde, tendons l’oreille aux appels de nos frères ! Le temps d’un carême, le temps d’une vie ! Dans l’Église et dans le monde ! Alors, par notre témoignage, les cyniques et les démobilisés verront surgir les merveilles de Dieu au cœur de tous les déserts !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre du Prophète Isaïe XLIII, 16-21 ; Psaume CXXV (CXXVI) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens III, 8-14 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean VIII, 1-11.