Paroisse Saint Loup


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Septième dimanche de Pâques 2019 – Année C

dimanche 02 juin 2019 Eglise Saint Jean-Baptiste, Vif

L’unité « parfaite »

Avec ce dimanche, nous basculons doucement de la période de présence visible du Ressuscité au temps de l’Église. Il faut trouver quelqu’un à la place de Judas. Bien sûr, nous sommes encore dans le monde des apôtres, de ceux qui ont suivi Jésus et qui doivent être témoins de la résurrection. Mais se profile le problème de leur remplacement quand ils disparaîtront. Jésus prie son Père de ne pas retirer ses disciples du monde mais de les garder du mauvais. Ils sont envoyés dans ce monde pour lui apporter la parole de vérité dans laquelle Jésus demande à son Père de les consacrer. C’est l’envoi en mission pour lequel ils vont être qualifiés par l’Esprit. Car le temps de l’Église, c’est le temps de l’Esprit. Ne sommes-nous pas dans les neuf jours où les apôtres, en prière avec Marie, attendaient cet Esprit promis par Jésus ? Saint Jean précise que ce temps de l’Esprit doit être le temps de l’amour. Cet amour qui vient de Dieu, lui-même amour, et dans lequel il nous faut demeurer.
La lumière enveloppe les lectures de ce dimanche. Étienne, lors de son martyre, voit la gloire de Dieu ; il contemple le Christ glorieux, debout à la droite de Dieu. Son martyre est pour lui semence de gloire, pour Saul, le futur saint Paul, semence de conversion. La mort de saint Étienne est racontée comme un parallèle strict de la mort de Jésus : prédication, faux procès, condamnation à mort exécutée hors les murs de la ville de Jérusalem, sous les yeux d’un religieux de haut vol, pardon des offenses, dernier soupir. Le message est le suivant : le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; « si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier ; toi, suis-moi. »
Au retour d’exil, cinq siècles avant l’incarnation-rédemption, le psalmiste, sûr de la puissance de Yahvé et du salut à venir, annonce que tous les peuples voient la gloire de Dieu ; il voit même tous les faux dieux adorer le Très-Haut.
Le message de la finale de l’Apocalypse réside en un petit mot : « bientôt ». Mérité par le Christ, le salut est désormais pour « bientôt ». Avec l’ardent désir des premiers chrétiens, disons : « Viens Seigneur Jésus ! ».
La prière dite « sacerdotale », prière pour l’unité, est, dans l’évangile, la prière la plus longue de Jésus. De cet émouvant colloque du Fils avec le Père, retenons cette demande : « Que leur unité soit parfaite… Qu’ils contemplent ma gloire. »
Nous entendons ici une partie de cette prière de Jésus, celle qu’il adresse à son Père après la Cène et avant la Croix, donc en plein exercice de son sacerdoce.
« Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée… » La ‘gloire’, en hébreu, vient du mot ‘poids’, c’est-à-dire ce que cela vaut réellement, donc ce que c’est. Même chose pour le ‘Nom’. Autres points importants : « Un » est la définition de Dieu dans l’Ancien Testament (unicité et unité : « Adonnaï Erhad ») ; et « connaître » signifie « communier, faire un » ; enfin, « parfaire », c’est « faire jusqu’au terme », « achever ».
Avec ces deux précisions (vocabulaire et contexte), on peut alors comprendre ce que dit Jésus. Et voici donc ce qu’Il pourrait affirmer, avec les mots de la théologie contemporaine. Que tous soient Un : rendus participants de la nature divine. Il y a quelques heures de cela, dans l’eucharistie, je leur ai communiqué mon être même qui procède de toi, pour qu’ils soient intégrés dans l’unité divine comme nous sommes Un : moi étant en eux par l’eucharistie et toi en moi par consubstantialité. Que leur unité soit portée à son terme : ce que j’ai dit dans l’eucharistie, je vais l’incarner dans quelques heures sur la croix. Ainsi, au regard de cette preuve éminente d’amour et de don de soi, le monde saura que tu m’as envoyé et m’as confié une mission, et non pas que je le fais parce que j’ai perdu la raison. Les gens sauront que tu les as aimés à ce point de donner ton propre Fils bien-aimé de toute éternité. Ils en avaient eu l’image à travers Abraham capable de sacrifier son fils tant aimé ; ils en auront très bientôt la réalité. Père, je rentre dans tes desseins, ma volonté et la tienne ne font qu’une. Je veux moi aussi que ceux que tu m’as donné, et qui ont galéré avec moi trois ans durant, je veux que dans l’état de don total de mon humanité, ils soient aussi intégrés, et qu’ils aient la vision béatifique de mon être, que j’ai reçu de ton élan d’amour de toute éternité. Père saint, les hommes n’ont pas communié à ton être divin dans leur cœur ; mais moi je l’ai fait ; et les gens ont compris que tout ce que je faisais provenait de toi. Je viens de leur faire communier à ton être même dans l’eucharistie ; et je continuerai de le faire en communiquant la grâce par tous les sacrements que j’ai institués ; afin qu’ils aient dans leur cœur l’amour qui nous unit, et qui est le Saint-Esprit. Et c’est la nouvelle phase de l’histoire du salut qui va commencer…
Voilà donc, rendu en termes catéchétiques, ce que Jésus a dit. L’évangile de saint Jean est un « fichier ‘zip’ » : il faut le décompresser pour le lire, pour le comprendre et pour l’exploiter. Pour décompresser ce fichier, nous devons nous déstresser et nous poser.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Actes des Apôtres VII, 55-60 ; Psaume XCVI (XCVII) ;
Livre de l’Apocalypse XXII, 12-14. 16-20
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean XVII, 20-26.