Paroisse Saint Loup


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Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire – Année C

dimanche 08 septembre église Saint Jean-Baptiste de Vif

Il en va du disciple comme du maître

Les paroles du Christ résonnent peut-être durement à nos oreilles. Pourtant, elles énoncent une vérité simple à comprendre : quand on a identifié un objectif, on ne peut que prendre tous les moyens nécessaires pour l’atteindre. C’est facile à comprendre mais difficile à vivre parce que ce n’est pas nous qui avons fixé les moyens ni l’objectif : il nous faut les recevoir du Christ. L’objectif correspond au salut et le moyen correspond à la croix.
A Alexandrie, la capitale des sciences, peu avant le Christ, l’auteur du livre de la Sagesse a pris le parti de l’humanisme scientifique. Pour lui, la science est un reflet de la sagesse divine. La foi éclaire le but vers lequel doit tendre l’effort de l’homme et l’Esprit est au principe de toute vraie connaissance.
Quant à l’auteur du psaume, c’est un sage, à n’en pas douter. Il n’évoque la précarité de la vie humaine, la puissance de l’homme et ses limites que pour se tourner vers Dieu. Lui seul rend le travail de nos mains et le labeur de la recherche de la sagesse fructueux.
Et le billet du « vieux Paul » à Philémon est un chef-d’œuvre d’humour et d’amour. La foi, dit Paul, abolit toute frontière entre les hommes ; comme le patron, l’esclave, fut-il aussi inutile et fripon qu’Onésime, est frère du Christ.
Préférer le Maître à sa propre vie, renoncer à tous ses biens, porter sa croix derrière Jésus, telles sont les exigences de la sequela Christi. Le disciple doit prendre le temps de s’asseoir pour ajuster les moyens à la fin. Un seul calcul à faire : celui de la radicalité !
Jésus n’exige rien de nous qu’il n’ait déjà fait pour nous. Cette certitude peut nous habiter à chaque fois que nous ouvrons le saint Évangile. Toute la sainte Écriture parle de ce que Dieu a fait pour nous. C’est particulièrement évident dans les récits d’événements particuliers rapportés par les Évangiles comme les récits de l’enfance chez saint Luc ou bien les douloureux épisodes de la Passion. Nous avons souvent l’idée que Jésus attend quelque chose de nous, qu’il nous demande d’agir. Cette idée est exigeante et dérangeante mais elle nous permet aussi de garder une initiative dans notre chemin de foi. Nous nous approprions le salut en ayant une lecture morale des Écritures. Le vrai disciple, lui, est appelé à marcher à la suite de Jésus, à mettre ses pas dans les siens. Tout ce qu’il voit faire par le maître, il ne cherche pas d’abord à l’imiter mais il le reçoit comme un don de grâce.
« Porter sa croix » prend alors un tout autre sens que celui de devoir atteindre le niveau nécessaire de souffrance pour pouvoir accéder au paradis. Cela signifie d’abord adopter les dispositions du maître qui n’a pas refusé de porter cette croix qu’il a fait sienne par amour, cette croix qui est le signe de notre humanité limitée par le péché. « Lui, de condition divine, ne considéra pas comme une proie à saisir d’être traité à l’égal de Dieu » (cf. Philippiens II). Il a fait de nos limites le lieu du don total de sa Personne.
« Porter sa croix » signifie alors accepter que Jésus l’ait déjà portée avant nous et qu’il la porte aujourd’hui avec nous. Le seul véritable effort qu’il nous demande consiste à vivre en lui, à tout recevoir de lui.
Pour cela, le chemin le plus sûr est celui du détachement. C’est pourquoi le Seigneur nous enseigne à renoncer à la préférence pour les personnes que nous aimons et qui nous aiment. C’est pourquoi également le Seigneur nous demande de renoncer à tous nos biens. Il a renoncé à tout pour nous, pour chacun d’entre, pour toi et pour moi. Jésus n’a rien préféré sur la croix à la mission qu’il avait reçue du Père et il l’a fait par amour pour nous. Ce qui nous revient alors consiste à accueillir ce don et à entrer avec le Christ dans le sacrifice d’action de grâce.
En entendant les paroles de Jésus en ce 8 septembre, nous ne pouvons pas ne pas penser à la Vierge Marie. C’est elle qui est la plus éminente figure de la foi de l’Église et l’exemple pour chaque disciple. Et, comme telle, elle reçoit le salut de Dieu dans la joie de l’Annonciation et dans les souffrances de la Passion. Depuis la croix, Jésus la donne à toute l’humanité, renonçant au lien privilégié qui les unissait : « Voici ta mère ». Et la douleur de Mère du Seigneur est encore traversée, à cet instant, par les paroles du Magnificat : « Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom. » Amen.

Père Thibault NICOLET


Références des textes liturgiques :
Livre de la Sagesse IX, 13-18 ; Psaume LXXXIX (XC) ;
Épitre de Saint Paul Apôtre à Philémon 9b-10.12-17 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XIV, 25-33