Paroisse Saint Loup


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XXIVème dimanche du Temps Ordinaire, Année C

dimanche 15 septembre 2019 Fête paroissiale à la salle des Combettes, Saint-Georges-de-Commiers

« Moi le premier, je suis pécheur »

Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple ? Grande est la miséricorde du Seigneur. Les trois péricopes évangéliques illustrent la joie du Seigneur qui fait miséricorde. Le pape François a ce bon mot qui évoque la patience de Dieu qui fait miséricorde ; et dans le même temps, il évoque l’homme qui n’a pas cette patience pour vivre de la miséricorde divine. C’est la foi qui permet à saint Paul de connaître son péché tout en faisant l’expérience du pardon de Dieu. Cette grâce apporte un tel bénéfice qu’il est alors plein de reconnaissance pour celui qui lui fait confiance. En contemplant la joie du Seigneur pour un seul pécheur qui se convertit, on contemple la joie du pécheur pardonné. Il semble que le pardon est le motif par excellence de l’action de grâce. Nul ne remercierait autant que celui à qui est fait miséricorde. C’est elle qui ouvre les lèvres de l’homme pour que sa bouche annonce la louange du Seigneur.
L’intercession de Moïse, dans la première lecture, trouve sa place après le scandale du veau d’or. Cette prière réussit à fléchir la colère de Dieu envers son peuple coupable. L’histoire sainte n’est faite que des péchés d’Israël, des pardons et de la miséricorde de Dieu fidèle à son Alliance.
Dans le psaume 50, le repentir de David est précurseur de celui du fils prodigue de l’évangile : « Je lui dirai : père, j’ai péché contre le ciel et contre toi » (Luc XV, 21) ; « oui, contre toi seul j’ai péché » (Psaume 50, 6).
La deuxième lecture nous plonge dans la lettre de saint Paul à Timothée. Dans cette lettre, c’est le pécheur pardonné, le persécuteur devenu apôtre, qui exprime sa reconnaissance au Christ et dit la valeur exemplaire du pardon qu’il a reçu.
Quant à l’évangile, elle nous offre trois paraboles : celle de la brebis perdue, celle de la drachme perdue et, dans la version intégrale, celle du fils perdu. Dans les trois cas, Jésus y parle du mystère de la miséricorde. Le Père trouve sa joie à pardonner : la brebis et la drachme sont retrouvées et les deux fils également, puisque la parabole du prodigue est autant celle du fils aîné que celle du cadet, tous deux, à leur heure, fils perdus puis retrouvés.
« Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte. » Cette phrase de l’Ecriture nous révèle combien la miséricorde du Seigneur demande que nous renoncions à toutes nos idoles. Le peuple d’Israël n’a pas tardé à attribuer à un veau d’or les bienfaits dont il a bénéficié. N’avons-nous pas tendance, nous aussi, à oublier celui qui est à la source de tant de grâces reçues, et à nous fabriquer nos propres veaux d’or en qui nous mettons notre confiance et notre espérance ? Qu’il s’agisse de nos diplômes, de notre portefeuille ou de la technologie, les veaux d’or ne manquent pas en notre monde…
En vue de se débarrasser de ses idoles, l’humiliation « suffit » ! « Moi le premier, je suis pécheur. » Ainsi s’exprime saint Paul dans sa première lettre à Timothée. Lui qui n’hésite pas à écrire aux Corinthiens : « prenez-moi pour modèle, mon modèle à moi c’est le Christ » ; il ne craint donc pas de reconnaître humblement ce qu’il est en vérité.
Les trois paraboles que Jésus nous rapporte aujourd’hui sont adressées à ces pharisiens et à ces scribes qui récriminent contre lui en raison de l’accueil qu’il réserve aux pécheurs. Ils sont comme ce frère aîné de la troisième parabole, ce fils qui se considère comme juste et qui enferme son frère dans son péché. A la suffisance et au jugement du frère aîné répond l’humble reconnaissance du cadet et de saint Paul : « j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils… », « moi le premier, je suis pécheur ». Soyons attentifs à ne pas juger trop vite l’aîné avec mépris, avec la suffisance qui est certes la sienne mais que nous risquons tant de partager. Nous sommes tentés de nous situer dans une attitude de comparaison ou de jugement des personnes ou des situations, qu’elles nous concernent ou pas. Les médias prennent régulièrement l’opinion publique à témoin. Les sondages permanents donnent l’impression que chacun doit avoir un avis sur tout et sur chacun, comme ces pharisiens et ces scribes qui commentent l’attitude de Jésus en récriminant contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Pour répondre à cette suffisance et ces bavardages parfois aigris dans lesquels nous pouvons si facilement nous laisser entraîner. Jésus nous fait contempler l’amour de Dieu, la tendresse du Père qui attend son enfant. Il nous fait part de la joie du ciel et nous invite à la contempler. Il ne force pas notre « tête dure », si ressemblante à la « nuque raide » du peuple d’Israël qui suscite la colère du Seigneur face à Moïse, mais il l’attendrit en nous proposant de partager sa propre joie (qui se communique). Chacune des trois paraboles se conclut par la joie qui se manifeste. Joie à venir dans la première parabole (« il y aura de la joie ») – notre année pastorale –, joie présente dans la deuxième (« il y a de la joie ») – notre fête paroissiale –, joie accomplie dans la troisième (« il fallait bien se réjouir ») – l’action de grâce entendue dans les témoignages de ce jour.
Celui qui se suffit à lui-même se prive de la joie de Dieu de deux manières. D’abord parce qu’il ne l’accueille pas : il ne la contemple pas alors qu’elle nous illumine vraiment au cœur ou au-delà des épreuves. Ensuite parce qu’il ne la provoque pas : s’il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit, alors quand je me convertis (quelle que soit l’attitude de conversion ou de non-conversion des personnes qui m’entourent et dont je ne suis pas juge) je provoque la joie du ciel. Si je reconnais que « moi le premier, je suis pécheur. » Amen.

Père Thibault NICOLET


Références des textes liturgiques : Livre de l’Exode XXXII, 7-11.13-14 Psaume L (LI) Première Épître de saint Paul Apôtre à Timothée XII, 17 Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XV, 1-32.