Paroisse Saint Loup


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Homélie pour le XXVIème dimanche du Temps Ordinaire, Année C

dimanche 29 septembre 2019 église Saint Jean-Baptiste, Vif

Jour du Seigneur et vengeance des pauvres

Amos, le berger hirsute devenu prophète, est un héraut de la justice divine. Il stigmatise l’escalade du luxe dans la société de consommation de son temps. Bien avant l’Évangile, il annonce qu’une vie égoïste de jouissance peut « à jamais » couper l’homme de Dieu.
Le psaume de ce dimanche chante, quant à lui, le renversement messianique qui fera exulter la Vierge Marie dans son Magnificat  : Dieu rend justice aux opprimés… Il laisse les méchants se fourvoyer tout en devançant les miracles des temps messianiques.
Dans la deuxième lecture, saint Paul exhorte son disciple Timothée à mener une vie digne de la foi qu’il a proclamée devant les autres. Et cela est vrai de tout chrétien. Ce que nous croyons du Christ implique de mener à sa suite et à son exemple, sous l’influence de son Saint-Esprit, une vie sainte. Demandons spécialement la grâce de la persévérance dans le combat spirituel et la douceur à l’égard du prochain. C’est ainsi que nous serons d’actifs et féconds évangélisateurs.
A travers son disciple Timothée, n’est-ce pas à chacun de nous que Paul adresse ces graves paroles sur le combat pour la défense de la foi ? La foi reçue au baptême est semence de vie éternelle ; encore faut-il se passer le flambeau de la foi jusqu’au dernier jour.
Le mauvais riche de l’évangile, resté anonyme, n’a pas su voir le pauvre nommé Lazare, couvert d’ulcères et couché devant son portail. Plus qu’un enseignement sur l’au-delà, cette parabole est une exhortation à un juste partage des richesses.
L’ensemble de ces lectures bibliques peut nous rendre mal à l’aise et nous donner mauvaise conscience, ce qui ne serait déjà pas si mal. Mais elles peuvent faire naître en nous un étrange soupçon : le christianisme ne serait-il que l’expression de la vindicte et du ressentiment des pauvres et des opprimés ? Le bonheur sur cette terre ou une vie confortable et sans soucis devraient donc se payer dans l’au-delà…
Mais en nous adressant cette parabole, le Christ ne fait que nous rappeler le sérieux de notre existence, le poids de nos décisions et notre devoir à l’égard de tous nos frères les hommes. Une certaine désinvolture mondaine, un égoïsme de classe subtilement cultivé, encouragé et transmis, le refus de voir la misère de ceux qui n’ont pas eu notre chance, constituent une injustice criante que Dieu réparera. Le philosophe et historien Raymond Aron disait d’un jeune et brillant homme politique, à qui tout semblait sourire et qui traversait son époque avec une déconcertante facilité : « Il échouera car il ne sait pas que l’histoire est tragique. » Pour aider les hommes, pour réussir sa vie, il faut avoir pris conscience du poids et de la valeur de chaque existence humaine.
Le mauvais riche n’est pas condamné pour avoir roué de coups le pauvre Lazare, pour l’avoir jeté dehors ou fait battre par ses gens. Il n’a pas lâché sur lui ses chiens. Simplement il ne l’a pas vu. Il n’a pas voulu reconnaître dans ce loqueteux son propre frère en humanité. Ses trop grandes richesses et ses compagnons de plaisir ont comme dressé une muraille entre lui et le monde réel, celui de la peine et du travail. Ils l’ont aveuglé sur les valeurs authentiques et l’ont rendu inaccessible au vrai bonheur. Découvrir la dignité du pauvre, c’est soi-même se mettre debout, l’attitude de l’homme libre et vivant, c’est renoncer à appartenir à la race des vautrés que stigmatise la sagesse divine par la bouche du prophète Amos, le champion des droits de Dieu et des droits du pauvre.
Cette rude et salutaire leçon nous est donnée par toute la tradition de l’Ancien Testament que nous écoutons dimanche après dimanche, et que nous pouvons reprendre dans notre lectio quotidienne, et elle a été solennellement confirmée par le Christ, celui-là même qui est ressuscité d’entre les morts pour nous signifier ce à quoi nous sommes appelés après notre séjour sur la terre. Reçus dans le sein d’Abraham, le père des croyants, lui qui a accepté d’abandonner sa terre et ses nombreuses richesses, pour suivre l’appel de Dieu, nous pourrons alors goûter la seule richesse qui compte, l’amour que Dieu porte aux pauvres que nous sommes.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques : Livre du prophète Amos VI, 1a. 4-7 Psaume CXLV (CXLVI) Première Épitre de saint Paul Apôtre à Timothée VI, 11-16 Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XVI, 19-31.