Paroisse Saint Loup


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Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Dimanche 06 octobre 2019 église Saint Jean-Baptiste de Vif

Témoigner du Christ : un acte de charité

Précurseur de ceux qui se penchent sur le scandale du mal, le prophète Habacuc, dans la première lecture, ose interroger Dieu sur son « pourquoi ». Soyons fidèles ; et Dieu, seul maître des événements, mettra un terme au mal quand l’heure en sera venue.
Le verset 2 du psaume de ce dimanche nous invite à l’adoration et peut être ainsi traduit : « Allons à sa rencontre, offrons-lui notre foi. » Et il n’y a pas de profession de foi, ni d’espérance, sans ferme propos de conversion : « Ne fermez pas votre cœur. »
Dans la deuxième lecture, Paul, en prison, est condamné à mort. Il livre au jeune et timide Timothée les germes d’une théologie du sacrement de l’Ordre. Il invite Timothée et tous les chrétiens à l’annonce courageuse de l’Évangile, au risque de la foi.
Et le principal message de l’évangile peut se résumer en ces termes : si le plus petit grain de foi fait participer à la puissance créatrice de Dieu, le disciple de Jésus doit demeurer humble. « Serviteur inutile » puisque sans Dieu il ne peut rien faire, il n’en doit pas moins rester à tout moment « utilisable » par lui.
Témoigner du Christ, c’est reconnaître sa pauvreté. Témoigner du Christ sera toujours crucifiant : c’est reconnaître qu’on a besoin de lui pour être heureux. C’est donc reconnaître qu’on est pauvre. C’est dire : je ne suis pas Dieu, je n’ai pas en moi-même la source du bonheur. J’ai besoin de Dieu, j’ai besoin du Christ, j’ai besoin de l’Église, j’ai besoin des autres. Témoigner du Christ, c’est donc un acte d’humilité.
« N’aie pas honte de rendre témoignage à Notre-Seigneur ». A en juger par le faible nombre de chrétiens pratiquants, et même de chrétiens tout court, on peut se dire : soit le témoignage n’est pas reçu, soit il n’est pas rendu. Qu’il ne soit pas reçu, cela n’a rien d’étonnant : après tout, le meilleur prédicateur, Jésus lui-même, « n’a pas été reçu chez les siens » comme dit saint Jean. Mais que le témoignage ne soit pas rendu, c’est plus inquiétant. Il faut d’abord s’entendre sur les termes : qu’est-ce que témoigner du Christ ? Est-ce vivre sans excès, « sans faire de mal à son voisin » ? Est-ce pratiquer la charité, épouser les grandes causes humanitaires ? En bref, est-ce se soucier d’autrui parce que le Christ nous a dit de nous aimer les uns les autres ? Ou bien est-ce parler de Dieu ou du Christ à tout propos, au risque d’agacer ? Est-ce rendre visible la rupture que la foi creuse avec les agissements du monde ? Est-ce rappeler sans cesse, comme dit le Concile, que la créature s’évanouit quand elle ne se soucie pas de son Créateur ?
En un mot, qu’est-ce donc que l’Évangile ? Une pratique muette qui, à la longue, devient parlante : « Regardez comment j’agis, vous allez découvrir que je suis chrétien ». Ou bien un discours persuasif qui pousse à une conversion radicale : « Ecoutez la parole de Dieu, accueillez-la, et changez votre vie. » De la réponse à cette question semble dépendre la nature du témoignage. Prenons la question à l’envers et demandons-nous : « Qu’est-ce qu’un témoin ? » Un témoin, c’est quelqu’un qui rend visible quelque chose d’inconnu. Un témoin du Christ, c’est quelqu’un qui, à travers sa personne, son existence, fait connaître Dieu. Un témoin, c’est un peu comme un sacrement : « Un geste qu’une parole accompagne. » Il nous faut donc et agir et parler. Et c’est là que le bât blesse. On dirait bel et bien que nous, chrétiens, avons honte du Christ. On se dit : « De quoi vais-je avoir l’air si je me mets à parler de Dieu à mon voisin ? » ou encore : « De quel droit puis-je lui reprocher telle ou telle attitude ? » On craint de passer pour intolérant, voire d’être traité de fanatique. On se cherche alors des justifications, comme le respect de la conscience de l’autre ou les bonnes manières. Mais dites-moi : est-ce respecter l’autre que de se taire quand une parole pourrait éclairer, voire sauver ? Je vous renvoie aux diatribes du prophète Ézéchiel ainsi qu’aux commentaires de saint Augustin : « Tu veux te perdre ? Eh bien moi, je ne le veux pas ! » Est-ce en effet respecter l’autre que de le laisser crever de soif spirituellement, alors même que la source d’eau vive nous a été confiée ?

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre d’Habacuc I, 2-3 ; II, 2-4 ; Psaume XCIV (XCV) ;
Deuxième Épître de Saint Paul Apôtre à Timothée I, 6-8.13-14 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XVII, 5-10